Un nouveau genre de mobilisation est apparu en 2011 dans les zones rurales de la République démocratique du Congo. Les Raïa Mutomboki («Citoyens en colère») étaient un mouvement populaire créé en réponse au problème d’insécurité généralisée, et plus particulièrement aux abus perpétrés par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe rebelle composé en grande partie de Hutu rwandais. Soutenus par des chefs coutumiers, d’anciens membres de milices et des transfuges de l’armée, des jeunes se regroupèrent autour de l’idée du dawa, un remède magique dont ils pensaient qu’il les rendait invincibles, et poussèrent rapidement les FDLR à quitter un grand nombre de leurs anciens fiefs.
L’apparition du groupe reflète les défaillances des différents accords de paix conclus dans l’est du Congo et qui, bien qu’étant venus à bout de certains problèmes d’ordre sécuritaire, en créèrent de nouveaux. En 2009, un accord secret passé entre les gouvernements congolais et rwandais parvint à intégrer certains groupes dans l’armée, mais fut subordonné au lancement de toute une série d’offensives ciblant les FDLR, offensives qui se soldèrent par des déplacements en masse et incitèrent toutes les parties à perpétrer des attaques vengeresses contre les civils. La restructuration de l’armée––dite «processus de régimentation»––fut lancée en 2011 dans le but d’inverser la tendance de l’armée qui consistait à favoriser certains anciens groupes armés, mais elle finit par entériner ce favoritisme, déclenchant toute une série de défections et un regain de tension.
Les conséquences fortuites de ces accords jouèrent un rôle crucial dans la transformation des Raïa Mutomboki; constituant au départ une milice tournée sur elle-même, le mouvement donna naissance à une série de groupes déployés sur une zone de la taille de la Belgique. Aujourd’hui, le nom «Raïa Mutomboki» désigne un ensemble de groupes armés, unis par le même nom et par une idéologie foncièrement identique à l’égard de l’autodéfense. Il s’agit davantage d’une franchise que d’une force unitaire, chacune de ses branches étant ancrée dans une dynamique bien particulière qui varie en fonction de la situation politique locale, du leadership et des intérêts de ses alliés.
L’absence étatique congolaise a joué un rôle important dans cette mobilisation en négligeant et même, à certains moments, en exacerbant les conflits locaux. Cependant, si les Raïa Mutomboki commencèrent par être une force d’autodéfense, ils devinrent dans bien des endroits une milice brutale et violente, qui tua des centaines de civils et se livra à des combines fiscales illégales. La démobilisation des groupes nécessitera que l’on s’intéresse aux défis sécuritaires posés par les FDLR et que l’on instaure un programme de démobilisation des milices qui tienne compte des enseignements tirés des erreurs du passé. Le défi le plus grand—qui concerne toute démarche visant à venir à bout des groupes armés dans les Kivus quels qu’ils soient—sera sans doute d’améliorer la capacité étatique au niveau local afin d’empêcher que des conflits portant sur des questions foncières ou relatives au pouvoir coutumier ne dégénèrent en une mobilisation armée, et d’apporter aux populations locales la protection et la sécurité qui s’imposent.
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Ce rapport a été coécrit par Jason Stearns, directeur du Projet Usalama du RVI. Il est l'auteur de Dancing in the Glory of Monsters: The Collapse of the Congo and the Great War of Africa, et a été Coordonnateur du Groupe d'experts des Nations Unies sur la RDC. Le co-auteur et les deux assistants de recherche souhaitent garder l’anonymat.
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