S'il fallait prouver la fécondité de la phénoménologie, l’ouvrage de M. Richir le ferait à merveille : on y trouve la même attention au réel, la même rigueur, le même refus des présupposés qui sont la marque de la phénoménologie, de Husserl à Merleau- Ponty (auquel se réfère M. Richir). M. Richir s'aventure ici dans l'exploration du « monde » d'avant le monde, socle de la réflexion. Les deux titres publiés en 1987 et 1988 (qui ont inauguré la collection) sont rassemblés conformément au souhait de l’auteur avant sa mort. Ce volume forme un « cycle » non clos, en quelque sorte intercalaire dans l'oeuvre de l'auteur, ouvert sur la percée des Recherches phénoménologiques en lesquelles il s’enracine et, d’autre part, sur les Méditations phénoménologiques postérieures qu’il préfigure.
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Chercheur qualifié au F.N.R.S. (Belgique), professeur émérite à l’Université libre de Bruxelles et chargé de cours à l’E.N.S de Fontenay, Marc Richir a été l’initiateur et le directeur de la collection « Krisis » jusqu’à son décès en 2015. Il est un des principaux représentants de la phénoménologie, en France et à l’étranger (notamment au Japon, en Espagne, en Roumanie où plusieurs de ses ouvrages ont été traduits ou en cours de traduction).
Phénomènes, temps et êtres Le rapport entre phénoménologie transcendantale et ontologie, entre phénomène comme rien que phénomène et phénomène comme temps et être est pensé, par-delà le cadre onto-théologique historique de la tradition philosophique, dans le champ d’une eidétique sans concepts où les êtres (les essences sauvages) paraissent comme les existentiaux chaque fois incarnés des phénomènes, phénomènes-de-monde (phases de monde) originairement multiples, ainsi que l’avait entrevu le dernier Merleau-Ponty. Matrices de temporalisations et de spatialisations paradoxales, les phénomènes (-de-monde) ouvrent ainsi un champ dionysiaque in-fini, troué par des phases éphémères de tels ou tels calmes apolliniens. le lieu de la pensée s’ébauchant à l’écart de tout savoir utilitaire de maîtrise ou de survol, devient celui d’une poïesis barbare, proche de la musique et de la poésie.
Phénoménologie et institution symbolique La question en retour est dès lors : comment ancrer sur ce champ phénoménologique infini, barbare, la concrétude de notre expérience par ailleurs irréductiblement liée au champ de l’institution symbolique comme l’ont montré les « sciences » humaines avec lesquelles une nécessaire confrontation critique est ici proposée ? L’expérience humaine concrète est à la rencontre de ce que les codages ont toujours déjà d’aveuglément déterminant, et de l’apeiròn du champ phénoménologique sauvage des phénomènes-de-monde. Et cette articulation phénoménologique des deux champs – la vie du sens, son aventure –, s’esquisse comme rencontre en abîme, inspirée du moment kantien du sublime, où se rejoignent, via le rêve et la poésie, l’eidétique transcendantale sans concepts mais aussi la liberté phénoménologique de l’homme. la grande énigme de notre finitude et de notre incarnation s’avère lieu de recroisement à jamais énigmatique entre l’institution symbolique se faisant et la phénoménalisation des phénomènes.
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