Synopsis
Contrairement aux apparences, le livre de Qohélet n'est pas décousu etn'est pas un tissu de contradictions. Sa composition permet de mettre enévidence les tensions qui l'animent.
Deux leitmotivs sous-tendent tout le livre, celui de la « buée » etcelui de la « joie ». La buée n'est autre, en définitive, que celle dela mort, la joie en revanche est celle de la vie. Il n'est pas possiblede les concilier. Toute la question est celle de leur articula¬tion. Lerefrain de la buée est très fréquent dans le premier ver¬sant du livre, mais, le centre dépassé (7,1-14), il disparait presque pour ne resurgirqu'au dernier moment. Inversement, les sept occur¬rences du refrain dela joie, dans le boire et le manger, et dans le travail accompli, ponc¬tuent régulièrement et en crescendo toute la surface du livre. Cedouble itinéraire contraire de la buée et de la joie manifeste commentla vie l'emporte finalement sur la mort.
Pas plus que quiconque, Qohélet ne sait rien de ce qui arrive à l'hommeaprès sa mort. Mais il est une chose qu'il sait, c'est que « le souffleretourne à Dieu qui l'a donné » (12,7). On a coutume de dire qu'à cetteépoque, il n'existait pas en Israël la moindre croyance en ce qu'on aensuite appelé « la vie éternelle ». Toutefois, penser qu'une telleaffirmation ne serait qu'une manière de parler, qu'elle ne voudraitpratiquement rien dire, serait accorder bien peu de crédit aux dernièresparoles de Qohélet qui sonnent comme un testament. La maison d'éternitéde l'homme n'est pas son tombeau.
La figure d'Abel, dont le nom signifie « buée », domine tout le livre.Le récit de la Genèse ne rapporte pas la moindre parole qu'Abel aitprononcée durant sa vie, et pas davantage celle qui lui aurait étéadressée. Après sa mort, il n'est pas dit que son souffle retourna àDieu. Il est dit que son sang crie vers Dieu du sol où il a été versé.Il n'est interdit de penser que Qohélet lui prête sa voix pour faireentendre son cri à nos oreilles.
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