Synopsis
De jeunes auteurs, tels que Pacôme Thiellement, Julie Bonnie et Caroline Boidé, se sont penchés sur 50 récits de vie incontournables pour transmettre les pulsions de vie qui habitent ces écrits et signent ici des textes courts et saisissants. La vie des autres est un voyage au cœur du portrait, à travers 50 récits signés par Russell Banks, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux, Romain Gary, Jack London, Art Spiegelman, Stefan Zweig et bien d’autres. Nancy Huston et Catel qui ont écrit respectivement sur la vie de Romain Gary, sur celle de Samuel Beckett, de Kiki de Montparnasse et de Benoîte Groult, partagent, dans deux longs entretiens, leur savoir sur cette écriture si singulière qu’est celle du portrait. La vie des autres est une merveilleuse manière de lire, de relire et de faire exister 50 récits de vie incontournables.
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La vie des autres, 50 récits de vie incontournables, est le premier livre des éditions du portrait, une maison dédiée aux écritures du portrait qu’elles soient littéraires, documentaires ou visuelles. Les éditions ont pour ambition de documenter ce genre et de rassembler le savoir autour de cette écriture, en éditant des livres, mais aussi en diffusant cette connaissance au cours de rencontres, d’ateliers ou de soirées littéraires. On pourrait croire que le portrait est un genre centré sur soi. Il n’en est rien. Au contraire. Si son écriture se déclenche par une observation intérieure, elle vibre en cheminant vers une relation au monde, à l’autre. Le portrait porte la complexité de l’individu, son désir et sa difficulté à se relier au monde. L’écriture du portrait échappe à la linéarité et se concentre sur la matière de l’être, sa singularité là où la chronologie des événements n’a plus aucune importance. La première publication des éditions est une revue semestrielle, PORTRAIT. Son sous-titre, le monde en têtes, mérite quelques explications. Le monde en têtes, car la revue s’attache à dénicher des personnes qui pensent au-delà des conventions, qui élaborent des pensées nouvelles pour essayer d’améliorer le monde. Elles le changent parfois. Ces parcours portent en eux un enseignement essentiel : l’échec est nécessaire pour faire éclore la singularité de chacun. Cette affirmation s’oppose à la position communément admise, qui condamne et juge, sans appel, celui qui a échoué. C’est ignorer le pouvoir d’éminence de l’échec. Ses enseignements sont précieux si on lui fait face. Qu’a-t-on mal fait ? Qu’a-t-on mal compris ? D’où vient notre erreur ? Quelles sont, objectivement, les décisions qui ont conduit le projet dans une voie sans issue ? Comprendre, pour ne plus répéter la même erreur, pour faire autrement, la fois prochaine. L’échec participe à révéler la chair, la substance d’une pensée, et par là, à faire vivre une personnalité, à la rendre indépendante, responsable de ses actes. N’est-ce pas ici précisément le propos d’une existence ? Se faire exister. Cette perception m’a toujours semblé la plus raisonnable malgré le vertige qu’elle provoque. Se faire exister et savoir disparaître à jamais. Lire ou écrire un portrait est un merveilleux moyen pour mener l’enquête sur le sens de sa vie car le portrait, c’est l’autre et l’autre, c’est celui, qui par un effet de miroir, nous fait exister et devenir. Le portrait révèle les idées, les émotions du lecteur ou de l’écrivain, qui peut alors, dérouler le fils de sa pensée, le faire grandir, lui donner corps pour donner naissance à une nouvelle approche et devenir, à son tour, le support qui va faire exister et advenir un autre. C’est en Amérique que je prends conscience de l’extraordinaire dimension de l’écriture du portrait. Je pratiquais l’exercice, comme journaliste, depuis longtemps, de façon obsessionnelle. Il me permettait, en me plongeant dans le travail d’un auteur, en le rencontrant, d’entrer dans la phase précédent son oeuvre, de remonter l’histoire de sa création pour essayer d’isoler les pièces qui, une fois rassemblées, lui donnent vie. Quelle est l’éducation, quelles sont les rencontres, quels sont les événements, dans quel sens tout cela s’ordonne pour qu’un texte, un film, une musique réussise à résonner dans la vie des autres, la mienne y compris, de façon si forte et si puissante que son auteur entre dans cette catégorie, si peu peuplée, des personnes avec qui la conversation ne s’arrête jamais. Il faut dire que la culture américaine, la contre-culture, le nouveau cinéma, le nouveau journalisme, que j’ai sillonné, met l’individu au centre de tous ses questionnements et finit donc par obtenir quelques réponses, quelques débuts de réponses sur qui nous sommes. Si l’individu est en butte avec ses tensions, ses contradictions et avec un système de pouvoir naturellement favorable aux plus forts, sa quête de bonheur est réelle lorsque son environnement porte, bonnant malant, cette réalité. La vie des autres, est un voyage au cœur du portrait, à travers 50 récits signés par Russell Banks, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux, Romain Gary, Jack London, Art Spiegelman, Stefan Zweig et d’autres. Pour tous ces auteurs “l’écriture n’est pas un but en soi mais une façon de chercher de dire le sens même de la vie individuelle ou collective « comme l’écrit Francis Combes dans la préface de Ce que la vie signifie pour moi de Jack London. De jeunes auteurs se sont emparés de ces 50 livres pour transmettre les pulsions de vie qui les habite et signent ici de textes courts et saisissants. Il s’agit de Pacôme Thiellement, auteur du réjouissant Pop Yoga, de Julie Bonnie, auteure de deux romans incarnés et enlevés, Chambre 2 et Mon Amour, de Caroline Boidé, poète, auteure du pénétrant et très sensible roman, Les Impurs, de Laure Albernhe, la voix de TSF Jazz, de Nathalie Jungerman, spécialiste de correspondances, - la plupart d’entre eux sont déjà publiés dans la revue portrait- et de moi-même. Mais il fallait aller plus loin, aller à la rencontre d’écrivains dont l’œuvre est habitée par des portraits et les interroger sur leur travail. Nancy Huston et Catel nous ont fait l’honneur de partager leur savoir sur cette écriture, elles, qui passent des mois, voire des années, à dialoguer avec des femmes et des hommes, qui les interrogent, les agacent, les énervent et les aident à avancer dans leur vie. De leurs échanges silencieux naissent des textes, des dessins, de nouvelles idées. Comme toute liste, celle des livres de La vie des autres revendique le droit à la subjectivité et à la non exhaustivité. Certains auraient aimé y voir figurer d’autres ouvrages, d’autres auraient imaginé une liste complètement différente, d’aucuns, j’espère, se réjouiront. Quelque soit les avis sont encore incontournables car ils partagent une énergie féconde celle produite par la puissance de l’exemple. Leur beauté, souvent désespérée et leur passion, souvent déjouée, transmettent le courage et la fierté d’être en relation avec l’autre et avec le monde, malgré tout, pour donner corps à sa vie et espérer devenir un individu responsable. Il faut lire, relire ces livres, continuer à les faire exister à travers la voix des nouvelles générations d’écrivains pour toujours affirmer et défendre la liberté et le droit de mener sa vie hors de toute église. Par les temps qui courent, c’est même un devoir. Rachèle Bevilacqua
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