Published by Angers, Mame, 1796
Seller: Librairie Diona, Lattes, France
First Edition
Couverture souple. Condition: Très bon. Edition originale. In-8° broché, en feuilles, en état de parution, 16 pages. Avec le Val de Loire nous pénétrons dans la zone rouge la plus marquée par les attaques de loups. Indépendamment des attaques sur le bétail, les agressions sur l'homme y ont été les plus massives pour l'ensemble de l'Hexagone. En trois générations, entre le milieu du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle, les habitants de l'Orléanais, de la Touraine et de l'Anjou ont connu les violents épisodes de la confrontation entre l'animal et l'homme. L'extrême dispersion de l'habitat et la pratique générale du gardiennage du bétail par les enfants multipliaient les occasions de rencontre. L'importance du gibier et la diversité de l'élevage attiraient bien des prédateurs. Dans ce contexte propice, les accidents étaient légion. Les périodes dramatiques, bien perceptibles déjà à la fin du XVIe siècle comme le constate le voyageur suisse Thomas Platter près de Chambord en 1599, culminent à l époque des grandes famines du règne de Louis XIV qui jettent sur les routes de nombreux Petits Poucets dans la dernière décennie du XVIIe siècle (Document 1). L'époque des Lumières venues, et malgré les battues et les interventions successives de la louveterie royale, des loups mangeurs d'homme perpétuent, dans l'esprit du peuple, la présence de la Bête féroce. Pour en venir à bout rien y fait : les autorités ont beau légaliser le port d'armes en faveur des populations exposées, comme dans le duché d'Orléans en 1691, multiplier les battues, comme dans le marquisat d'Herbault en 1743 ou faire venir des détachements de la louveterie royale, comme en 1700, 1711-1712 et 1748, rien n'est déterminant. Il est vrai que sur ces terres royales, où les châteaux pullulent, les rivalités entre seigneurs et la concurrence à laquelle se livrent les deux administrations chargées de la faune sauvage - les Eaux et Forêts et la louveterie de France - nuisent à toute coordination des efforts. De cette vulnérabilité structurelle, certains loups audacieux tirent parti. Dernier avatar de ce long cortège de drames, l'irruption sous la première Restauration de la « bête de Chaingy », fait dix victimes à l'est d'Orléans. La destruction de cet animal carnassier par un bûcheron près de Cercottes, le 6 décembre 1814, sonne la fin de ce terrible Ancien Régime. L'Orléanais - Dans le proche Orléanais, les habitants de Marigny-les-Usages (Loiret) adressent un placet au roi au cours de l'été 1692. Comme l'implique ce type de démarche, leur dénonciation ne cherche pas à minorer la situation mais elle intervient après deux années d'attaques répétées. L'un après l'autre, les villages établis entre la Loire et la lisière sud-ouest de la forêt d'Orléans voient surgir « des bêtes féroces qui ne se repaissent que de chair humaine. En l'espace de deux années, de septembre 1690 à septembre 1692, une vingtaine de villages sont en proie à des attaques répétées. Le 29 janvier 1692, Pasquier, curé de Saint-Jean-de-Braye, signale à l'occasion de l'enterrement d'un enfant de sa paroisse mordu par un loup qu'à l'heure où il écrit l'animal avait déjà fait plus de 50 victimes dans la forêt et dans tout le vignoble d'Orléans. En mai 1692, le bilan que dresse l'intendant s'élève à « plus de 150 personnes attaquées ou blessés » et plus de 100 décès survenus sur le champ ou à la suite des blessures infligées par les loups.